[Groover Time #12] SIGLOS, MHUD, Benoit Crauste, Chris de Sarandy, Jamie Backlight, Dylan John Sparkes, Marine Williamson, Bleeding Sun et Agathe

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By Raphaël DUPREZ

[Clip] SIGLOS – Morir Para Vivir

À première vue, il ne pourrait s’agit que d’un énième projet black/death, de ceux qui pullulent sur le web et finissent bel et bien par commencer sérieusement à nous lasser. Mais SIGLOS, de par l’expérience des membres de l’entité qu’il forme, a compris qu’il fallait dépasser ce cadre, quitte à laisser du monde sur le carreau en cours de route. En cinq minutes alliant puissance et ésotérisme, « Morir Para Vivir » vénère les déités de cultes ancestraux, invoque les esprits antédiluviens de cultures éternelles et les fait siennes, à travers une intelligence sonore et visuelle comme on n’en avait plus entendue depuis bien longtemps. Rencontre de langages instrumentaux et vocaux donnant naissance à une créature mythologique jusqu’alors inconnue, le clip et sa bande-son ouvrent un passage inattendu vers une nouvelle érudition metal, fascinante et obsessionnelle.


[Single] MHUD – Aux Merveilles du Soir

« Aux Merveilles du Soir » pourrait être le contrepoint désespéré du précédent clip de MHUD, « Les lumières aveugles ». Cette perte de conscience de la part de chacun des protagonistes. L’éveil solitaire face à la douleur, à la déliquescence du monde intérieur et extérieur. Dans une atmosphère instrumentale ténébreuse, MHUD laisse la voix le transporter au fil de ses hantises, de ses absences, au creux d’un onirisme littéraire qu’il est impossible de renier. L’inexorable progression musicale du titre chavire, lutte contre la tempête et convoque les anges dont les réminiscences ont été éradiquées par l’humain. L’usure, fatale et implacable ; mais qui, dans ses ultimes secondes, nous laisse deviner, en ombres chinoises, les formes encore indistinctes et floues du possible.


[Single] Benoit Crauste – 17 de Março

« 17 de Março » nous remémore les bandes originales de films 70’s, ceux dans lesquels soleil, fêtes et amourettes entraient en totale contradiction avec la période sombre des pays qu’ils exploraient. Aussi bien par la douceur rythmée du saxophone de Benoit Crauste que grâce aux chœurs chaleureux et vivants qui lui répondent, le single est avant tout un sourire, un plaisir entraînant le lâcher-prise et la libération de nos émotions brutes. Voyageant entre mille et un territoires, « 17 de Março » est l’introduction idéale aux moiteurs à demi ensommeillées d’un EP à paraître à la date sus-indiquée, et que l’on attend avec une excitation non feinte pour y goûter les fruits défendus de sensations revigorantes.


[Single] Chris de Sarandy – Who I Once Knew

Petit prince d’une pop folk émouvante et sincère, Chris de Sarandy explore, au fil de ses compositions, les émotions et sensations du lien humain, qu’il soit amical, affectif ou amoureux. La progression d’abord douce puis captivante de « Who I Once Knew » ne laisse aucun doute quant à ce que le songwriter a pu expérimenter afin de donner naissance à cette œuvre mélancolique et sensorielle, frisson vocal et instrumental que nous ne pouvons qu’éprouver nous-mêmes au plus profonds de nos chairs blessées et meurtries. Chant du cygne achevant de briser le lien pourtant vital, le single s’efface brusquement, au moment où tout semble à jamais égaré. Mais, dans les secondes précédant le silence, demeurent les images et Polaroïds de visions éternelles, infinies.


[Single] Jamie Backlight – Le chant de l’anarchie

Oubliez le punk, la révolte à l’état brut, la volonté de tout défoncer à coups de masse, de tout incendier, de tout détruire. Si vous pénétrez dans les paroles fédératrices du nouveau single de Jamie Backlight, vous découvrirez un autre moyen de vous faire entendre sans avoir à en venir aux mains. En effet, « Le chant de l’anarchie » est à la fois puissant et viscéral, car le murmure de son refrain finit par pénétrer sans crier gare nos neurones et les pores de nos peaux si fragiles. Alliant la force mélodique de guitares âpres et hypnotiques, une rythmique dont les pas ne cessent de nous porter en avant malgré la chute, et une voix intelligemment posée et pensée afin d’atteindre le cœur militant qui ne cesse jamais de battre en nous, cet hymne incomparable à l’élévation des mentalités agit sur le cerveau, pour mieux y instiller de fabuleuses revendications que personne ne pourra contredire.


[Clip] Dylan John Sparkes – The Edge Of Possibility

Le mouvement. Dans le silence, une mélodie de piano s’invite, s’offre à la sérénité et à la plénitude. À l’écran, la matière prend vie, qu’elle soit faite d’eau, de terre, de poussière ou de chair. « The Edge Of Possibility » ; au bord de l’abîme séparant le désespoir de notre capacité à tout changer, en commençant par nous-mêmes. Dylan John Sparkes file son art de métissages en arabesques, de mélancolie en éblouissements. Aux confins de chaque entité, humaine ou mécanique, demeure une âme qu’il nous faut explorer afin de renaître, de nous recentrer. Brisant les miroirs de l’illusion, le compositeur nous extrait de la solitude, nous épanouit, nous nourrit.


[Single] Marine Williamson – Désert de Glace

D’abord, le blanc. Infini, immaculé. Le cocon géographique désertique et froid de la solitude, celle-là même qui nous effraie tandis qu’elle peut tant nous apporter, pour peu que l’on essaie de l’explorer. Marine Williamson observe, ressent, dessine par ses mots les paysages de la psyché et de l’émotion. « Désert de Glace » ne la paralyse pas, ne la condamne pas. Au contraire, la chanson la pousse à avancer, sans relâche, vers ce qui doit être éprouvé afin de mieux comprendre et renaître. La fébrilité originelle s’enracine dans des instrumentations folk décorant progressivement la nudité du climat ambiant. Le long de ce voyage intime et intérieur, la chanteuse capture les essences de l’invisible et les transforme en sources revigorantes, aptes à surmonter le gel du cœur et du corps. Sans nous y attendre, nous atteignons un autre continent, nous touchons d’autres matières. Bouleversés pour toujours.


[Single] Bleeding Sun – Heavy (feat. Landon Siebens)

Ne pas subir les influences sociales, professionnelles ou humaines. Ne pas se laisser happer par la bienséance, les conventions, les faux-semblants. En un mot : exister. « Heavy » dresse le constat choc de nos faiblesses quotidiennes, de tous les ratés que nous nous imposons à nous-mêmes pour devenir les rouages d’un mécanisme mondial à l’agonie. Dans sa révolte metal cuisante et directe, Bleeding Sun prédit l’apocalypse, si rien ni personne ne se décide à offrir à l’instinct la place qui demeure la sienne depuis la nuit des temps. Une colère à la fois sourde et instructive, car trouvant, par le biais du chant clair, les mots les plus francs et réfléchis. Nul besoin de cracher au visage d’autrui ; c’est ensemble, par le mouvement tectonique de nos pas communautaires, par les déflagrations de nos voix devenues cris, que tout se métamorphosera.


[Clip] Agathe – Tracker Dog

« Tracker Dog » part d’un postulat à la fois voyeuriste et intérieur. En effet, tout au long de son clip, Agathe nous met dans la peau de l’observateur dissimulé derrière son propre écran, regardant les faits et gestes de l’artiste, ses recherches, ses expériences. Mais là où il serait trop aisé de ne considérer l’œuvre, dans sa globalité, comme une forme esthétique de l’interférence inconnue d’autrui, le déroulement de l’action ne nous laisse pas passifs. Car nous sommes Agathe. Nous voyons ce qu’elle voit, entendons ce qu’elle pense, ressentons ce qu’elle éprouve. La douceur de la musique, la puissance délicate de la voix, changent nos regards, nos visions de ses rêves, des menaces, de ce que nous ne pourrions pas contempler sans son aide et sa confidence. Au final, le point de vue s’est inversé. Agathe nous contemple. Nous inspire. Nous rassure. Et, plus que tout, n’oublie pas que nous sommes là pour elle autant qu’elle l’est pour nous.