[Groover Time #10] BMA, MHUD, Silvia Leonetti, TMX, Jeanne et The Lovelines

[LP] BMA – Ephemeral

Malgré sa sortie il y a maintenant un an, Ephemeral demeure l’une des œuvres les plus innovantes et modernes de ces derniers mois, voire des années écoulées et à venir. Et pour cause : la musique de BMA est d’une pureté qui, sans crier gare, peut rapidement basculer vers les sources infinies de l’inspiration autant que de l’oubli, de l’introspection autant que de l’universalité. La progression métronomique des pistes se nourrit d’une multitude de surprises, de risques savamment calculés pour atteindre le but ultime de Bruno Margiotta : aller là où d’autres n’ont jamais osé s’aventurer. Du classique au metal en passant par le post-rock, Ephemeral mélange des sonorités en apparence dichotomiques mais qui, lorsqu’elles se rencontrent, amplifient le monde céleste auquel elles donnent naissance. Voyage sidéral dans les méandres d’un esprit en fusion, l’opus vibre, tremble et déstabilise les fondations de l’art instrumental moderne.


[Clip] MHUD – Les lumières aveugles

Deux itinéraires que rien ne semble devoir entremêler. Deux êtres, deux univers superposés l’un à l’autre sans que la rencontre ne puisse avoir lieu. Au fil des paroles de MHUD, le spectateur semble emporté dans une forme d’ivresse propice à l’imagination, au fantasme. Mais, sans prévenir, ces deux corps et esprits se rejoignent, tandis que le jour se lève. Est-ce réel, ou le résultat d’un désir certes intense mais à jamais inassouvi ? L’errance nocturne que bercent doucement « Les lumières aveugles » efface les limites du quotidien et des certitudes. Une fois réunis, nous ne savons plus qui ils sont l’un pour l’autre. Dans les vapeurs d’un alcool salvateur, dans la fumée de cigarettes fugacement consumées, demeurent deux humanités, deux créatures en opposition aux desseins de leur créateur. La notion de temps s’efface. Le plaisir s’étend. Celui de les voir, ensemble. Celui, plus secret, d’écrire leurs vécus et leurs mystérieuses alliances. Il y a, dans « Les lumières aveugles », autant de pureté que de chagrin. La perte, la disparition soudaine nous émeuvent, nous bousculent. Mais MHUD n’écarte aucun recommencement. Un autre soir. Une autre plongée dans la déraison de la passion et de l’attraction.


[Clip] Silvia Leonetti – Alive

« Alive » se pare de lettres inachevées, jetées ça et là sur le sol entourant Silvia Leonetti. Témoignages d’un amour en fuite, d’une rupture dont l’incompréhension viendra nourrir l’inspiration de la compositrice, elles racontent, chacune leur tour, les unions corporelles et spirituelles de l’entité en fuite, de l’inéluctable séparation. Ici, la danse est émouvante, intense. Là, la solitude est d’autant plus éprouvante et pesante. La musique, d’abord douce et rassurante, monte en tension, en parallèle à la prise de conscience de ce qui n’existe plus. Reflets d’un miroir brisé, les chorégraphies s’ornent de voiles qui sont autant de secrets bien gardés, d’apparences trop légères pour être franches, et ne convoquent que le basculement dans le vide du regret. « Alive », renaissance impossible d’une femme livrée à elle-même, est d’une incomparable puissance poétique et instrumentale, fruit de l’insatiable expérience de Silvia Leonetti. Mais l’artiste aura rarement fait preuve d’autant d’authenticité et de fragilité. Ce qu’elle projette sur nous tel un choc radical dont l’effet nous force à poser un genou à terre, puis à supplier afin que la douleur qu’elle ressent s’efface enfin. Une œuvre désemparée et que nous seuls pouvons transformer en expérience purificatrice.


[Single] TMX – Implosion

« Implosion » est bien plus qu’une simple tentative de concilier EDM et éléments plus acoustiques. En effet, le titre de TMX ne s’accorde à aucun moment la facilité de la répétition, cherchant constamment à ajouter de nouveaux arrangements à ses racines harmoniques. Déambulant aussi bien dans les couloirs obscurs de l’électro que dans ceux, plus électriques, du rock, la piste s’étend sur sept minutes d’étonnement, puis de totale addiction. Explorant ses mélodies à la manière d’un joaillier taillant à la plus pure des pierres précieuses, il se focalise sur chaque geste, chaque détail. À travers ces quêtes mouvementées du son parfait, TMX dépasse le cadre de l’art synthétique et lui offre une figure humaine, dévoilant les contours de l’être grâce à qui tout devient vie et pulsation. La naissance d’une galaxie inconnue, inexplorée, mais dont les secrets, planètes et formes de vie attendent impatiemment d’être révélés.


[Single] Jeanne – Fall Away

Avec « Fall Away », Jeanne signe une véritable profession de foi. Lors de l’introduction du single, elle se présente à nous, sans pudeur mais avec une volonté croissante d’évoluer, musicalement et humainement. Progressant toujours plus vers ce rêve qu’elle désire par-dessus tout réaliser, elle invite à ses côtés les muses chorales de sa propre inspiration, dans une chaleur et une douceur dont il est difficile de se libérer, tant celles-ci sont réconfortantes. Dès que le refrain résonne, l’atmosphère s’intensifie grâce à des arrangements d’une beauté éblouissante et, plus que tout, intelligente et précise. Un don d’écriture et de composition comme il en existe peu, unissant magnifiquement folk et pop, tonalités orchestrales et rythmiques ancestrales. Ce qui oriente « Fall Away » vers des sensations que nous n’avions jusqu’alors pas pu apercevoir, et que Jeanne dévoile afin d’amplifier la sincérité de ses envies, les origines de son talent. Ce mélange franc et magique se produit avec un naturel désarmant, une fluidité qu’il est impossible de contester. Assister à la naissance d’une telle créatrice est un indicible miracle ; c’est pourtant le cas, et cela ne fait que commencer.


[Single] The Lovelines – Make Believe

Il ne suffira que de deux minutes à The Lovelines pour nous entraîner dans un voyage musical bercé de tendresses 50’s et de pop moderne dont l’incandescence et la chaleur nous convient autour d’un feu de camp, au bord d’une plage où le petit matin commence à peine à apparaître. « Make Believe » et ses faux-semblants de la tendresse semblent évoquer le lendemain d’une séduction, les conséquences d’une ivresse sensorielle que personne ne tient à fuir mais qui, peu à peu, se délite. Constat à la fois convaincu et amer de l’existence et de ses faces cachées, de l’éphémère et du besoin d’affection, le titre explore de manière aussi concise que précise la perte de l’instant présent, de ce qui aurait pu être au lieu d’avoir été. Pourtant, « Make Believe » émet, au fil de ses ondes mélodiques, une formidable consolation pour toutes les âmes esseulées de notre Terre. Et n’omet jamais la possibilité de transfigurer l’inaccessible, de vaincre la timidité et de toucher, même durant quelques secondes, le lien unique et mérité.